« Le journal des globules »
- lemenstrueldeperpi
- 7 déc. 2024
- 3 min de lecture

Kill Bill 3
Tout se passe à l’amphithéâtre Freddy de l’université de Perpignan, dite l’UPVD*.
Les murs et les bancs de la salle ont besoin d’affection et de tendresse comme ma peau. Je suis assidue, cependant mon cerveau n’y est jamais. La philo est barbante et je me suis toujours ennuyée. Mais je veux faire plaisir à mon grand-père et éviter que mon petit frère soit placé à la D.A.S.S*.
La baie vitrée est devenue une échappatoire intellectuelle pour me permettre de rêvasser. Le fait de m’évader pendant les cours m’a permis de maîtriser ma nature.
Mon moi.
Ce que je suis. Une tueuse.
Une assassine sans scrupules et démunie d’empathie. Ce n’est pas que j’aime tuer pour la simplicité du plaisir, c’est juste que pour moi, tuer fait partie des appétences vitales de lambda. C’est un besoin.
Je dirais même que selon l’endroit de la tuerie, elle m’apporte une satisfaction qui frôle la jouissance. J’avoue avoir eu des orgasmes aussi puissants que longs lorsque j’atteins certaines cibles : cela peut être des vieux, des adultes ou des enfants, sauf les handicapés physiques.
Le but est d’être payé. Bien payé. C’est la base du patronat de la criminalité : bon salaire équivaut à zéro emmerde.
Je tue sous contrat. Je suis sollicitée dans toute la France, car ponctuellement, j’honore les directives. À mes 25 ans, je suis renommée façon pantalonnade Alice Sapritch* tellement je nargue et berne royalement la police et la gendarmerie du 66*.
Inutile de vous nommer mes plans cul, cependant, je vous rappelle que mon époux est le brigadier-major de police de la BAC* de Perpignan* et que mon amant est monsieur le préfet.
Aucun des deux ne se doute que je suis le criminel le plus recherché de France. D'ailleurs mon amant m’attend à l’hôtel Mercure*, en face du Palais des Congrès. Ce soir, nous devons participer à une partouze organisée avec le diocèse, votre parton et l’ensemble de l’académie de la ville.
Venons au fait, je vous présente moi-même ma dernière victime :
M. Cédric Bonmasseur natif de Cavaillon*, professeur de philosophie à l’UPVD* âgé de 52 ans, marié à Marie-Chantal native de Terrassous*, grande héritière de bonne famille de Catamerdes*. Sans enfants.
Deux semaines auparavant, Cédric me convoque à l’amphi de vive voix. Sous son pull de laine rayé près du corps, j'ai eu envie de caresser son torse. De le déshabiller comme à une catin. Un subit désir de calquer mon visage sur ses tablettes de chocolat et de lécher sa peau jusqu’à provoquer un lit de sang. Je me suis surprise à fantasmer sur sa bouche.
J’aurais bien aimé lui aspirer sa langue en lui cassant d’un coup de poing ses dents aussi blanches que la chaux. J’avais déjà imaginé le gout de son cruor avant de lui enfoncer mon stylo bille dans sa jugulaire.
Timidement et tremblant, l’officier de police judiciaire, Arnaud, prononce la phrase rituélique d’une garde à vue :
— Pourquoi l’avoir tué ?
— Pourquoi l’avoir tué ?! Cédric voulait m’exclure des cours de philo, car selon lui, je ne planchai pas assez ses sujets. De ce fait, mon petit frère Guillaume allait être placé dans une famille d'accueil. Ce qui m’a sorti de mes gonds, c'est sa critique concernant mes synthèses :
Bravo pour vos écrits… Ça m’a donné quelques idées… J’ai mes préférences… Évidemment. Non pas le cul posé sur un stylo, sinon le style et la syntaxe aurait l’odeur d’un mauvais livre de philo… Une narration, une balade sous les jupes de la nation… habillé de velours, avec le talent de votre soit… À votre plume, à votre inspiration… Du vent, une lune et une bonne maîtrise de la respiration… Si vos délires sont des désirs et que vos désirs sont des délices, est-ce un délit ? Quand vos mots fleurissent, en moi, la beauté et la pureté d’une fleur de lys.
J’avais juste le désir qu’il reste à moi. Personne ne m'a jamais dit des choses aussi belles et magnifiques que lui. C’est en le tuant qu’il reste à moi pour l’éternité. C’est ma chose. C’est mon truc. Cédric m’appartient.
Monsieur Arnaud, dépêchez-vous d’écrire, je vous invite au Mercure, chambre 750 au troisième étage. Le thème de ce soir, c'est la sodomie. Les accessoires sont autorisés toutes tailles comprises. — Arnaud ?
— Oui, madame ?
— N'oubliez pas un quelconque lubrifiant dans une de vos poches.
Dédié à Cédric:
au plaisir d'entrechoquer prochainement avec votre verve...